Sanctifiés et appelés à être saints (1 Cor. 1:2)

De nombreux courants doctrinaux chrétiens ont des vues divergentes sur l’effectivité de la nouvelle naissance, analysée sous l’angle de ses fruits dans la conduite chrétienne. Pour les besoins de la cause, nous n’en parlerons que de deux, de tendances extrémistes diamétralement opposées.

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Pasteur Yves Libaï

A un extrême, il y a les ultras libéraux, tenants de la thèse de la sécurité éternelle: “une fois sauvé, toujours sauvé”. Ils fondent leur doctrine, qui se veut biblique, sur l’acception que l’esprit de l’homme étant vivifié par le fait de la régénération, la chair ne sert de rien (Jn 6:63). “Mangeons et buvons, car demain nous mourrons “ (1 Co 15:32), tel semble être leur leitmotiv. Il n’est donc pas étonnant que leur compréhension de la grâce et de la liberté chrétienne confinent à la licence et à la permissivité.

A l’autre extrême, il y a les fondamentalistes, partisans d’une sanctification pratique rigoureuse qui frise le légalisme et l’ascétisme. Ils soutiennent, tout aussi bibliquement, qu’un arbre étant reconnu à ses fruits (Mt 7:16-18), les péchés prouvent à suffisance que ceux qui les commettent ne sont pas nés de Dieu (1Jn 3:8-10).

Nous voulons, pour notre part, considérer la vérité scripturaire entière, car, forcément, il y aurait à redire sur l’une ou l’autre thèse. Il peut par exemple être rétorqué aux ultralibéraux, que la Bible déclare que la liberté chrétienne n’est pas un prétexte pour vivre selon la chair (Gal.5:13). La grâce de Dieu, loin d’être assimilée à la dissolution (Jud 1:4), “nous enseigne à renoncer à l’impiété …” (Tite 2:12). Aux fondamentalistes, nous répondons que l’Écriture classe les nés d’en-haut en deux catégories: les spirituels et les charnels (1.Cor 3:1). Charnels, mais nés de Dieu quand même. L’Église de Corinthe faisait manifestement partie de cette seconde catégorie.

De Corinthe, parlons-en. Les épîtres de Paul aux Corinthiens sont adressées à L’”EGLISE DE DIEU” qui est à Corinthe (1Cor. 1:2; 2Cor. 1:1), et non pas à l’”église des Corinthiens”. La nuance est d’importance. Paul s’adresse à des enfants de Dieu, donc à des nés d’en-haut, habitant Corinthe. Il leur rappelle, dans sa première lettre, qu’ “ils ont été sanctifiés en Jésus-Christ et appelés à être saints” (1Cor 1:2). En d’autres termes, leur salut doit s’accompagner d’une vie sainte, car, “Dieu ne nous a pas appelés à l’impureté, mais à la sainteté” (1Th 4:7).

Dans cette optique, le chrétien a un double rôle passif et actif. Rôle passif, parce que l’auteur de sa sanctification, c’est-à-dire, de sa mise à part pour Dieu, c’est Dieu lui-même. Rôle actif en ce que sa responsabilité personnelle est sollicitée pour traduire dans sa conduite sa position de sanctifié.

Là est toute la problématique de l’adhérence et des œuvres. Si le chrétien n’est pas sauvé par les œuvres (Gal 2:16), mais par grâce par le moyen de l’adhérence (Eph 2:8), l’adhérence sans les œuvres est une adhérence morte (Jacq 2:26). Il est donc dans l’ordre divin des choses que les œuvres de la foi, les fruits de l’Esprit (Gal 5:22), bref une vie sainte, soit la marque de la nouvelle naissance.

Si le chrétien n’est pas sauvé par les œuvres (Gal 2:16), mais par grâce par le moyen de l’adhérence (Eph 2:8), l’adhérence sans les œuvres est une adhérence morte (Jacq 2:26).

Mais, comment arriver à vivre saintement dans une enveloppe charnelle vendue au péché, dans un monde de tentations? Tel est le véritable dilemme chrétien. En effet, un nombre incalculable d’enfants de Dieu, aspirant sincèrement à plaire à Dieu, sont tout à nouveau vaincus par le péché. Ils ne sont pas à confondre avec ceux qui pratiquent et se complaisent dans leurs péchés, et dont la naissance d’en-haut est manifestement sujette à caution. Mais tristes à salut (2Co 7:10), ils s’écrient avec Paul: ” je ne fais pas le bien que je veux, mais je pratique le mal que je ne veux pas…Malheureux que je suis! Qui me délivrera de ce corps de mort? ” (Rom 7:19; 24). Nous croyons qu’il s’agit là de ceux qui essaient d’atteindre la sainteté uniquement par leurs propres efforts. Ils oublient, ou ignorent, que dans ce combat, ils doivent être partenaires avec Dieu. Or, tout partenariat exige l’apport effectif de chaque partenaire. Dieu, depuis 2000 ans, a fait sa part une fois pour toutes, en nous englobant dans la mort et la résurrection du Christ, et en nous donnant l’Esprit Saint. L’apport du Chrétien consiste à s’identifier à la mort et à la résurrection de Christ, et à marcher dès lors, par l’Esprit reçu, en nouveauté de vie. C’est là le sens spirituel profond du baptême chrétien (Rom 6:3-4).

Malheureusement, très peu de chrétiens sont au fait de cette réalité. Nous voulons l’expliquer dans les lignes qui suivent. Le cadre restreint d’un article de journal nous contraint à aller à l’essentiel des termes du partenariat entre l’homme et son Créateur.

CE QUE DIEU A FAIT POUR NOTRE SANCTIFICATION

Par décret souverain, Dieu nous a fait bénéficier, par Christ, de quatre faits rédempteurs: le sang de Jésus, la croix, la résurrection et la pentecôte.

Le but de Dieu est que l’homme soit délivré à jamais du péché. Or, si le sang a pardonné et effacé les péchés, il n’a pu toucher la racine du péché, c’est-à-dire la chair, qui vit toujours en l’homme.

1 – Par le sang de Jésus, Dieu nous a justifiés (Rom 5:8-9) Il était nécessaire, en sage architecte qu’Il est (1Co 3:10), que Dieu commençât la construction de notre sanctification par le fondement de la justification. L’homme adamique devait, avant toutes choses, se réconcilier avec son Dieu. Ne tenant point le coupable pour innocent (Nb 14:18), Dieu devait satisfaire Sa justice et Sa sainteté. Pour cela, il donna son Fils unique, Lui juste pour les injustes (1Pi 3:18), pour porter nos péchés, et subir à notre place le juste châtiment que nous méritions (Es 53:4-5). Son saint sang coula, pour que nos péchés en soient pardonnés et effacés, selon qu’il est écrit: “Sans effusion de sang, il n’y a point de pardon ” (Hb 9:22). Dès lors, Dieu nous justifia, c’est-à-dire, nous déclara justes, par le sang de Christ (Rom5:9), et nous traita comme tels.

Mais à ce niveau, Dieu n’est satisfait qu’à moitié. Le but de Dieu est que l’homme soit délivré à jamais du péché. Or, si le sang a pardonné et effacé les péchés, il n’a pu toucher la racine du péché, c’est-à-dire la chair, qui vit toujours en l’homme. Tant que la chair est active, l’homme sera, tout à nouveau, enclin à pécher. Dieu trouvera une solution par la croix.

2 – Par la croix, Dieu nous a délivrés du pouvoir du péché Si Christ est mort pour le pardon de nos péchés, il est aussi mort dans le but de nous délivrer du péché. La bonne nouvelle, c’est que Dieu nous a souverainement englobés dans la mort du Christ, de sorte que lorsqu’il fut crucifié, nous fûmes crucifiés avec lui (Gal 2:20). Lorsqu’il mourut, nous mourûmes avec lui (Rom 6:8). Lorsqu’il fut enseveli, nous le fûmes aussi (Rom 6:4). Ainsi donc, non seulement Christ mourut pour nous, nous mourûmes avec lui. La chair et ses passions étant crucifiées (Gal 5:24), nous mourûmes au péché, c’est-à-dire que Dieu nous mit hors de la sphère d’influence du péché. Depuis lors, le péché a perdu son pouvoir sur nous (Rom 6:14), car celui qui est mort est affranchi du péché (Rom 6:7).

3 – Par la résurrection de Jésus, Dieu nous a donné une vie nouvelle (2Co 5:17). Si la croix nous a justifiés et délivrés de la puissance du péché, la résurrection a fait de nous des hommes nouveaux. Notre union avec Christ ne s’arrête pas à la croix et à la tombe. Christ est passé de la mort à la vie. Lorsqu’il ressuscita libre et vainqueur de la mort, nous ressuscitâmes avec lui, pour marcher en nouveauté de vie (Rom 6:4-5). Par la résurrection, Dieu a opéré en nous une véritable alchimie spirituelle, du genre qui transforme une chenille en papillon. L’homme nouveau dont il nous revêt n’est plus soumis à la loi du péché et de la mort, mais à la loi de l’Esprit de Vie (Rom 8:2). Par la résurrection, les choses anciennes sont passées, toutes choses deviennent nouvelles (2Co 5:17).

4 – Depuis la Pentecôte, Dieu nous a gracieusement fait don du Saint-Esprit (Actes 2). Le Seigneur glorifié a tenu la promesse qu’il avait faite aux disciples (Jn 14 et 16). Il ne nous a pas laissés seuls. Il nous a envoyé le Consolateur, qui n’est plus simplement avec nous, mais qui vit et demeure en chaque enfant de Dieu. Sa vocation est de nous aider dans notre faiblesse, de nous convaincre de péché (Jn 16:8), de nous conduire dans toute la vérité, et de rendre témoignage de Christ (Jn 16:13-14). Le fait qu’il s’appelle Esprit “Saint” lui donne de fait la puissance de nous conduire vers la sainteté pratique.

Si la croix nous a justifiés et délivrés de la puissance du péché, la résurrection a fait de nous des hommes nouveaux. Notre union avec Christ ne s’arrête pas à la croix et à la tombe. Christ est passé de la mort à la vie.

Ces quatre faits rédempteurs de Dieu en faveur de l’homme sont autant de moyens qu’Il a souverainement mis à notre disposition pour que nous puissions vivre dans l’obéissance et la victoire sur le péché. Le “Tout est accompli” (Jn 19:30) de Jésus-Christ à la croix prend donc ici tout son sens. Reste à l’homme, au chrétien spécifiquement, à s’approprier, par la foi, ces faits rédempteurs, et vivre dès lors comme l’homme libéré qu’il est désormais. Pour cela, il a des conditions à remplir, comme apport personnel dans le contrat de sainteté qu’il a passé avec son Créateur.

CE QUE NOUS DEVONS FAIRE POUR ETRE SAINTS

Nous entendons par saints, non plus simplement la position du chrétien devant Dieu, mais la sainteté pratique qui résulte de la vie chrétienne normale. Pour y arriver, nous devons donner la réplique aux quatre faits rédempteurs de Dieu, par quatre variantes de notre adhérence en Jésus-Christ. Elles se trouvent pour l’essentiel en Rom 6.

1 – Nous devons rechercher la connaissance révélée de Dieu

Dieu a dit: “Mon peuple périt faute de connaissance” (Os 4:6). Nous n’arriverons jamais à vivre de façon à plaire à Dieu si nous ignorons tout de ses exigences et des faits rédempteurs qu’il a accomplis pour nous. C’est pourquoi Rom. 6:6 déclare: “NOUS SAVONS que notre vieille nature a été crucifiée, afin que ce corps de péché soit réduit à l’impuissance et que nous ne soyons plus esclaves du péché”. Un prisonnier qui ne sait pas qu’il a déjà été libéré restera indûment en prison. Dans l’ignorance du fait que Christ nous a définitivement affranchis (Jn 8:36), nous continuons à vivre comme des esclaves du péché que nous ne sommes plus depuis 2000 ans. A-t-on idée d’être aussi longtemps locataire des geôles du diable? “Tu connaîtras la vérité et la vérité t’affranchira” (Jn 8:32).

Et comment arrivons-nous à connaître la vérité? Par révélation divine (Mt 16:17). Dieu se laisse trouver par ceux qui le cherchent humblement dans la prière et dans la méditation de Sa Parole.

La mort doit produire une vie nouvelle. L’ancienne vie était esclave du péché. La mort nous en a délivrés. Par notre union à Christ dans sa résurrection, nous sommes revenus à la vie, fondamentalement transformés. Notre ancien maître a perdu son pouvoir sur nous.

2 – Considérons-nous effectivement comme morts au péché (Rom 6:11)

Puisque nous savons désormais que Christ nous a délivrés du péché, considérons-nous comme effectivement morts quant au péché (Rom 6:11). C’est une suite logique, pour nous qui “sommes devenus une même plante avec lui dans la conformité à sa mort…” (Rom 6:5). Si Dieu nous a unis à Christ dans sa mort, notre acte d’adhérence est de nous IDENTIFIER à lui dans sa mort au péché. Ce n’est pas le péché qui est mort. C’est nous qui sommes morts. Or, un mort est inutile, il ne peut plus servir le péché. Nous sommes les défunts esclaves de notre ancien maître.

3 – Soyons vivants pour Dieu (Rom 6:10-22)

La mort doit produire une vie nouvelle. L’ancienne vie était esclave du péché. La mort nous en a délivrés. Par notre union à Christ dans sa résurrection, nous sommes revenus à la vie, fondamentalement transformés. Notre ancien maître a perdu son pouvoir sur nous. Nous ne lui sommes plus redevables de rien. Nous pouvons oser lui désobéir, sans que ses menaces ne nous contraignent à quoi que ce soit. Nous découvrons un autre maître, la Justice, que nous sommes heureux de servir. Nos priorités ont changé. Nos membres ne sont plus instruments d’iniquité, mais instruments de justice (Rom 6:13), prêts à servir avec plus de consécration encore qu’ils ne le faisaient pour le péché. “Ce n’est plus moi qui vis, c’est Christ qui vit en moi” (Gal 2:20).

Cette vérité spirituelle doit induire notre décision de la traduire dans les faits. Notre responsabilité est ainsi interpellée. Il est dit: “Donnez-vous à Dieu, livrez vos membres à la justice”. Ce sont là des impératifs divins qui engagent notre adhérence et notre volonté à marcher en nouveauté de vie dans une entière consécration à Dieu.

4 – Marchons par l’Esprit (Gal 5:16)

Il s’agit d’être totalement dépendants des injonctions du Saint-Esprit habitant en nous, et de lui laisser l’initiative de nos actions. L’Esprit est notre nouveau maître. Il a des désirs contraires à ceux de la chair (Gal 5:17), l’ancien maître, qui, ne s’avouant pas vaincu, essayera toujours de reconquérir ses anciens droits. Mais parce qu’on ne peut servir deux maîtres à la fois (Mt 6:24), nous sommes exhortés à ne plus obéir à ses convoitises et passions. Une fois encore, notre responsabilité est engagée, quant à qui obéir, de la chair ou de l’Esprit. Dieu nous laisse l’entière responsabilité de nos choix, lui qui nous a d’avance donné tout ce qui ne justifierait aucune erreur.

CONCLUSION

“Ce que Dieu veut, c’est votre sanctification” (1Th 4:3), déclare l’Apôtre Paul aux Thessalonissiens. La Bible tout entière se résume à cela, dans toutes les dispensations par lesquelles l’homme est passé pour aboutir au salut. Marchons donc à cet égard, de progrès en progrès.

Le fait est que Dieu Lui-même Est Saint, trois fois Saint. Il veut que les hommes qu’Il a créés à Son image et selon Sa ressemblance soient saints: “Vous serez saints, car je suis Saint” (1 Pi 1:16). Il s’adresse spécifiquement à ceux qui sont devenus ses enfants par le fait de la nouvelle naissance. Ils sont témoins de Christ et lumière du monde (Mt 5:14), et doivent de ce fait manifester le caractère de Dieu. Le faisant, ils prouvent qu’ils aiment leur Seigneur (Jn 14:21). En dehors du fait qu’une vie sainte nous est d’un grand intérêt temporel lorsqu’on réalise les souffrances que nous font subir les conséquences du péché, elle doit surtout être fondée sur notre gratitude envers Dieu pour le sacrifice substitutif et expiatoire de Christ. Pourquoi en effet vivrions-nous encore dans ce pour quoi Christ est mort? Ne serait-ce pas faire preuve d’un mépris notoire pour le don de grâce de Dieu? Ne serait-ce pas crucifier Jésus une seconde fois? Souvenons-nous cependant que Moïse n’entra point à Canaan pour avoir frappé le rocher une fois de trop.

Pour finir, il y a dans notre engagement à vivre saintement, l’heureuse perspective de la récompense des vainqueurs, lorsque, tous, nous comparaîtrons devant le tribunal de Christ (2Co 5:10). Être compté parmi les vainqueurs, auréolé des couronnes de vie, de justice et de gloire, pour régner éternellement avec Christ, telle doit être notre motivation suprême à rechercher la sanctification sans laquelle nul ne verra le Seigneur (Heb 12:14).

Pasteur Yves LIBAI
Centre Shekinah de Douala
Douala – Cameroun
Tél. (+237) 77.77.26.77

Paru le 01/10/2003 dans EPS-Presse

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Posted by on 24 novembre 2014. Filed under Eva Enseignements. You can follow any responses to this entry through the RSS 2.0. You can skip to the end and leave a response. Pinging is currently not allowed.