Pape François : «Je suis un pécheur un peu rusé, un peu ingénu»

DOCUMENT – Le pape François vient d’accorder une très longue interview aux revues jésuites du monde entier. Elle éclaire le sens d’un pontificat encore difficile à décrypter. Publiée intégralement sur le site de la revue Études, en voici les principaux extraits.

Le Pape FrançoisLe secret a été incroyablement bien gardé. Sans doute parce qu’il était aux mains des Jésuites, cet ordre religieux prestigieux fondé par l’Espagnol saint Ignace de Loyola et reconnu par l’Église en 1540, et dont le pape François est issu. Premier jésuite de l’histoire de l’Église à avoir été élu sur le trône de Pierre, il a choisi de confier la première grande interview écrite de son pontificat – simultanément publiée le mercredi 19 septembre à 17h, heure de Rome – à une quarantaine de revues jésuites dans le monde. En France, c’est la revue intellectuelle Études  qui délivre sur son site l’intégralité de l’entretien qui a été accordé au directeur de la revue La civilta cattolica, le P. Antonio Spadaro, jésuite italien.

Ce dernier a rencontré François dans son petit bureau de la chambre 201 de la maison Sainte Marthe du Vatican où il réside désormais, pendant six heures, à trois reprises, les 19, 23 et 29 août, donc après le retour du Pape des JMJ de Rio. Il raconte que «ce fut une conversation plutôt qu’une interview» et que, «sur le plan linguistique, nous passions sans rupture de l’italien à l’espagnol». Il ne précise pas si le Pape a revu la version finale, ce qui paraît évident, qui demeurera comme un document très éclairant sur ce pontificat surprenant et encore difficile à saisir.

Les passages publiés sont extraits de la version officielle française disponible sur le site de la revue Etudes et dont la traduction a été établie par deux jésuites français: François Euvé, directeur de cette revue, et Hervé Nicq. Quant aux notes explicatives [NDLR], elles sont de la rédaction du Figaro. L’interview couvre beaucoup d’aspects de sa personnalité, de ses sources spirituelles et culturelles, de sa vision de la gouvernance de l’Église et des défis de son pontificat. En voici une sélection.

LA PERSONNALITÉ DU PAPE

• Sa vision de lui-même

«Je ne sais pas quelle est la définition la plus juste… Je suis un pécheur. C’est la définition la plus juste… Ce n’est pas une manière de parler, un genre littéraire. Je suis un pécheur. (…) Si, je peux peut-être dire que je suis un peu rusé (un po’furbo), que je sais manœuvrer (muoversi), mais il est vrai que je suis aussi un peu ingénu. Oui, mais la meilleure synthèse, celle qui est la plus intérieure et que je ressens comme étant la plus vraie est bien celle-ci: je suis un pécheur sur lequel le Seigneur a posé son regard. (…) Je suis un homme qui est regardé par le Seigneur.»

• Son besoin de ne pas être seul

«La communauté est pour moi vraiment fondamentale. J’ai toujours cherché une vie communautaire. Comme prêtre, je ne me voyais pas seul: j’ai besoin d’une communauté. C’est pourquoi je suis là, à Sainte-Marthe. Quand j’ai été élu, j’habitais par hasard dans la chambre 207. La chambre où nous sommes maintenant, la 201, était une chambre d’hôte. J’ai choisi de m’y installer car, quand j’ai pris possession de l’appartement pontifical, j’ai entendu distinctement un “non” à l’intérieur de moi. L’appartement pontifical du Palais apostolique n’est pas luxueux. Il est ancien, fait avec goût, mais pas luxueux. Cependant, il est comme un entonnoir à l’envers. S’il est grand et spacieux, son entrée est vraiment étroite. On y entre au compte-gouttes, et moi, sans les personnes, non, je ne peux pas vivre. J’ai besoin de vivre ma vie avec les autres.»

• Sa méthode de décision

«Ce discernement requiert du temps. Nombreux sont ceux qui pensent que les changements et les réformes peuvent advenir dans un temps bref. Je crois au contraire qu’il y a toujours besoin de temps pour poser les bases d’un changement vrai et efficace. Ce temps est celui du discernement. Parfois au contraire le discernement demande de faire tout de suite ce que l’on pensait faire plus tard. C’est ce qui m’est arrivé ces derniers mois. Le discernement se réalise toujours en présence du Seigneur, en regardant les signes, étant attentif à ce qui arrive, au ressenti des personnes, spécialement des pauvres. Mes choix, même ceux de la vie quotidienne, comme l’utilisation d’une voiture modeste, sont liés à un discernement spirituel répondant à une exigence qui naît de ce qui arrive, des personnes, de la lecture des signes des temps. Le discernement dans le Seigneur me guide dans ma manière de gouverner. Je me méfie en revanche des décisions prises de manière improvisée. Je me méfie toujours de la première décision, c’est-à-dire de la première chose qui me vient à l’esprit lorsque je dois prendre une décision. En général elle est erronée. Je dois attendre, évaluer intérieurement, en prenant le temps nécessaire. La sagesse du discernement compense la nécessaire ambiguïté de la vie et fait trouver les moyens les plus opportuns, qui ne s’identifient pas toujours avec ce qui semble grand ou fort.»

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Par : Jean-Marie Guénois

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Posted by on 26 juin 2014. Filed under Cat Divinités. You can follow any responses to this entry through the RSS 2.0. You can skip to the end and leave a response. Pinging is currently not allowed.