Désordres du monde : remettre l’ONU au centre

Pour l’ex-ministre PS de la Défense Paul Quilès, il est regrettable que “pour remédier aux crises les plus graves, les pays occidentaux, sous le leadership américain, sanctionnent, bombardent et arment les groupes qui leur sont proches, au nom d’un droit international dont ils seraient à la fois les législateurs, les juges et les exécutants.” Pour lui, même si des réformes sont envisageables, “s’il s’agit du recours à la force, le Conseil de sécurité de l’ONU est la seule instance légitime et efficace”.

Il a été affirmé que la fin de la guerre froide et la suprématie incontestée des Etats-Unis avaient globalement pacifié la planète : les violences seraient en recul et l’impression de chaos mondial proviendrait de l’abondance des images et des reportages de guerre. Des recherches récentes (1) remettent en cause cette vision rassurante : si les risques de guerre entre Etats restent faibles (pour l’instant), le nombre des conflits intraétatiques à dimension internationale, comme en Syrie, en Irak, en Ukraine, s’accroît dangereusement.

Que faire devant ces « désordres du monde » ? Aux Etats-Unis et chez leurs alliés, notamment européens, la tentation de l’action unilatérale est forte. Il suffirait, pour remédier aux crises les plus graves, que les pays occidentaux, sous le leadership américain, sanctionnent, bombardent et arment les groupes qui leur sont proches, au nom d’un droit international dont ils seraient à la fois les législateurs, les juges et les exécutants.

Kadhafi à l'AG de l'ONULes précédents afghan et libyen  

La crise irakienne offre un nouvel exemple de cette défiance à l’égard de l’action collective dans le cadre de l’ONU. Cette crise est pourtant le résultat d’une aventure des Etats-Unis, appuyés par quelques pays, en vue d’« aider le peuple irakien à bâtir une démocratie durable au cœur du Moyen-Orient », selon les termes de George W. Bush en 2005. C’est aussi une conséquence du chaos sanglant où s’est installée la Syrie. Le régime de Bachar al-Assad y a une lourde responsabilité. Mais l’opposition démocratique s’est elle-même piégée dans son refus intransigeant de tout compromis. Faut-il à présent appliquer à l’Irak les solutions préconisées pour la Syrie, en armant un partenaire privilégié (les Kurdes de Massoud Barzani) et en l’appuyant par des frappes aériennes, selon un scénario pratiqué en Afghanistan ou, plus récemment, en Libye ? Mais où en sont aujourd’hui l’Afghanistan et la Libye ?

Il peut être indispensable de sanctionner un agresseur, d’écarter par la force une menace de massacres ou d’aider une population à se défendre. S’il s’agit du recours à la force, le Conseil de sécurité de l’ONU est la seule instance légitime et efficace. Il a fallu que le pape soit l’une des rares personnalités à l’avoir dit clairement.

L’Ouest et le “reste” ?  

Pour contrer l’Etat islamique, le Conseil de sécurité vient d’adopter des mesures coercitives destinées à tarir ses sources de financement (en provenance du Golfe ?), mais on est loin de l’engagement pris par tous les Etats de l’ONU en 2005 : celui d’assumer leur « responsabilité de protéger » les populations civiles contre le génocide, les crimes contre l’humanité, les crimes de guerre et les « purifications ethniques ».

On objectera que l’ONU « ne peut rien faire » en raison des veto des régimes autoritaires russe et chinois. Faut-il dès lors opter pour la passivité ou l’action discrétionnaire des Etats-Unis et de leurs alliés au service des intérêts d’une puissance ou d’un camp ? Dans le cas du conflit israélo-palestinien, ce sont d’ailleurs les Etats-Unis qui paralysent l’ONU. Et qui, en dehors de l’ONU, peut organiser la reconstruction d’après-conflit, en Afrique ou au Moyen-Orient ? Est-on condamné à la confrontation permanente entre « l’Ouest et le reste » ?

Réformer le Conseil de sécurité  

L’ONU est le seul lieu où tous les Etats, sous la pression des mouvements transnationaux, dont l’influence s’accroît, peuvent régler ensemble les questions d’intérêt mondial. Des solutions existent pour rendre l’institution plus efficace : réforme du Conseil de sécurité, plus large implication de l’Assemblée générale. Nos interlocuteurs ne nous plaisent pas toujours, mais un fait demeure : sans la Chine, la Russie et les pays du Sud, il serait illusoire de vouloir répondre non seulement aux défis de la sécurité internationale, de la lutte contre la prolifération et du désarmement, mais aussi à ceux du développement, de l’environnement, du climat ou de la lutte contre les pandémies.

* Paul Quilès est ancien ministre de la Défense (PS).

(1) Recherches du Sipri notamment.

>>> Tribune parue dans Marianne daté du 29 août

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Posted by on 9 septembre 2014. Filed under Sec Diplomatie. You can follow any responses to this entry through the RSS 2.0. You can skip to the end and leave a response. Pinging is currently not allowed.