Cameroun: Les églises de réveil dynamitent le socle familial

La prolifération des églises de réveil dans notre pays est loin d’apporter la paix du Christ. C’est plutôt en fossoyeur de l’entente et de la cohésion familiale que ces sectes s’imposent. Incursion dans un univers machiavélique. Bien loin l’époque où seule l’église catholique romaine et d’autres religions dites classiques comme l’église protestante et l’Islam étaient les seules à avoir pignon sur rue au Cameroun.

Adoration-EgliseDepuis plus d’une dizaine d’années, surtout à la faveur de la Loi du 19 décembre 1990 portant sur la liberté d’association, les églises dites de réveil ont fait une percée fulgurante dans notre pays au point de supplanter considérablement les mouvements religieux suscités.

En dehors de la question du salut de l’âme que ces églises évangéliques prétendent aborder, elles se distinguent toutes par ce coté extravagant, folklorique voire provocateur. Le grand problème, si ce n’est un mystère, réside dans le fait que ces religions, par leurs us et coutumes, par leur théologie d’églises apparaissent au fil des jours, plus comme ennemis et destructeurs du noyau familial que comme apôtres de la paix.

Le levain de la destruction

Le phénomène est plutôt devenu récurrent. Pour paraphraser la publicité d’une entreprise de vente de chaussures à une certaine époque, il ne serait pas exagéré de dire : Pas une semaine sans qu’une femme n’échappe à la tutelle de son mari au Cameroun.

Église ÉvangéliqueLa dernière histoire grotesque en date est celle, il y a quelques jours à Douala, d’un citoyen camerounais qui a été obligé de recourir à la location des « gros bras » pour une opération musclée de libération de son épouse embastillée dans l’une de ces églises. L’affaire à vite tourné au vinaigre puisque les deux camps se sont livrées à une bagarre générale, qu’un chaine de télévision basée à Douala, Canal 2 International en l’occurrence a eu le malin plaisir de filmer.

Un haut cadre de l’administration a du lui aussi expérimenté cette mauvaise fortune il y a quelques années. En moins de trois mois, il a vu sa vie basculer à causes des agissements d’un groupe de prière dénommé Église Internationale du Salut. Malheureusement cette œuvre de salut n’avait rien de philanthropique, pour sa tendre Hélène. Elle y a laissé les avoirs de la famille, les bijoux, y compris son alliance de mariage (après 25 ans) les crédits scolaires, son rappel d’avancement, son compte d’épargne. Le relevé téléphonique d’Hélène présenté au tribunal montre que les gourous exerçaient un véritable harcèlement sur leur victime, avec 203 appels dans les deux sens en l’espace de deux mois.

Autre cas pathétique, celui de Junior Essomba, jeune promoteur d’une équipe de football à Yaoundé qui réapprend à vivre dans le célibat à cause du fait qu’Yvette, sa bien aimée serait « née de nouveau » dans l’un de ces ministères pentecôtistes. Résultat des courses, son ange d’époux d’hier est devenu tout simplement le démon de service aujourd’hui. Malgré les démarches que le pauvre a entreprises, elle a finalement quitté le foyer en délaissant trois enfants à son époux qui doit se battre comme il peut pour leur éducation. Yvette, elle, pour accomplir « son appel » arpente sans cesse les rues de la capitale, la besace et les mains pleines de brochures évangéliques au service d’on ne sait quel dieu ignorant même que la Bible qu’elle a en main dit que celui qui abandonne sa famille est pire qu’un infidèle.

Et des cas comme ceux-ci, on pourrait en citer à la pelle si bien que de nos jours au Cameroun, l’une des premières causes de divorce à côté de la sorcellerie ce sont bien ces églises dites de réveil. Pourtant le gouvernement camerounais accorde une importance particulière à la famille et au mariage.

C’est dans cette optique que le ministère de la promotion de la femme et de la famille a vu le jour le 08 décembre 2004 par décret présidentiel. En outre, on a pu observer la célébration des mariages collectifs par ledit ministère à l’époque de la défunte ministre Suzanne Bomback. On se rappelle que le couple présidentiel s’était impliqué dans l’organisation de ces mariages collectifs en offrant des dons aux nouveaux mariés, notamment des ustensiles de cuisine ou des appareils électro ménagers. Ces cadeaux constituaient le soutien du gouvernement non seulement à l’initiative mais aussi et surtout à ces hommes et femmes qui n’ont toujours pas des revenus consistants.

En dehors de la menace sur les couples, il y a l’esprit de marginalisation que ces groupes sectaires impriment si facilement sur leurs adeptes. Un oncle, une sœur, un cousin ou un frère avec qui les relations ont toujours été bonnes change subitement de comportement au point de devenir exécrable à la limite. A ses yeux, tous ces proches parents sont considérés comme des « mondains ». Pire son « appel », sa vocation et la théologie de son église le pousse à s’exclure de la société et à s’appauvrir pour assurer son entrée dans le royaume des cieux. Les biens meubles et immeubles, les voitures sont bradés à cet effet avec pour prétexte le passage où Jésus-Christ demanda au jeune homme riche de vendre tous ses biens et de le suivre.

Dieunedort Kamdem

Dieunedort Kamdem

Selon l’apôtre Cyrille Ngono Awono du message du Cri de Minuit, « Ceci n’est qu’une interprétation erronée des Saintes écritures. Les biens à vendre dont il est question ici ne sont pas matériels comme on pourrait le croire naïvement. Ce sont plutôt les « précieuses connaissances » acquises et accumulées loin de la révélation prophétique de son temps qu’il s’agit de délaisser. Étant entendu que ces connaissances reçues dans les religions organisées n’ont rien à voir avec le salut proprement dit tant il est vrai que Dieu révèle son salut aux prophètes de générations en générations. A titre d’exemple, dans le Livre des Actes chapitre 19 : verset 19 il est dit que tous ceux qui croyaient à l’évangile apportaient leurs livres de magies et de pratiques curieuses et on les brûlait devant tous et ces livres brûlés furent estimés à 50.000 pièces d’argent. C’est ce rituel que Dieu demande aux hommes de faire lorsqu’ils reçoivent le Message prophétique de leur génération.

Vendre ici prend le sens d’abandonner, de délaisser. Parce que beaucoup de prétendues choses sacrées pour les religions ne sont que des pieuses faussetés devant Dieu et des barrières qui obstruent l’entrée au ciel. C’est pour cela que lorsque quelqu’un croit au Cri de Minuit, message que Dieu à révélé au prophète Philippe Kacou (originaire de Côte d’Ivoire) pour notre génération en ce moment sur la terre, cet homme doit brûler ses diplômes de théologies s’il en a, ses fausses versions de bibles, ses chapelets et livres de prières, car la théologie n’a jamais été la volonté de Dieu. A contrario pour que ce soit clair, cet homme ne saurait brûler ses diplômes académiques (Bac, C.E.P, Brevet …) ou vendre ses biens comme le disent ces églises. C’est une forme d’asservissement qu’elles font subir à leurs fidèles » 

Les pasteurs des nouvelles églises pentecôtistes du Cameroun ont désormais recours à plusieurs astuces dont l’affichage publicitaire grand format, les médias radio et télé pour recruter de nouveaux adhérents. Depuis le début de l’année 2010, les églises dites pentecôtistes implantées au Cameroun, ont initié des campagnes d’affichage publicitaire. Parmi elles se trouve la Cathédrale de la foi, dirigée par un pasteur qui se fait appeler pasteur révérend docteur Dieunedort Kamdem.

Sur les panneaux affichés par le pasteur Kamdem, on peut par exemple lire : “La nation Camerounaise est la propriété de Jésus-Christ. Satan n’a pas de place”, ou encore “Les élections sont cachées dans le sang de Jésus-Christ en 2011 et la paix régnera au Cameroun au nom de Jésus-Christ”.

L’affiche publicitaire comporte également la photo du pasteur et deux numéros de téléphone. En appelant ces deux numéros, on réussit à joindre soit le pasteur, soit l’un de ses assistants, qui invite l’interlocuteur à passer dans son église en indiquant où elle se trouve. Des indiscrétions révèlent cependant que grâce à cette offensive communicationnelle, les fidèles de la Cathédrale de la foi sont passés de 60 à près de 2000 recrues en l’espace de six mois.

Dr Tsala Essomba

Dr Tsala Essomba

Quel que soit le jour de la semaine, les prédications du pasteur Kamdem comme celles des autres gourous à l’instar de Martin Tsala Essomba, Joël Bengono, portent sur l’amélioration des conditions de vie des fidèles. Ils promettent la délivrance des mauvais esprits, comme l’esprit de célibat, l’esprit de chômage, l’esprit de maladie ou encore les possessions diaboliques qui empêchent aux femmes de procréer.

La prédication est suivie de prières, d’impositions de mains puis de miracles. De tous les coins de la salle, des personnes crient, tombent, se relèvent et vont faire des témoignages qui sont diffusés en bouclent sur leurs chaines de télévision. Si Kanodi TV, est la propriété privée de Dieunnedort Kamdem, Fréquence vie radio et télé appartiennent à Martin Tsala Essomba.

A la Cathédrale de la foi, à ceux qui n’ont pas reçu de miracles, le pasteur recommande de “fortifier la foi”. Cela passe par des cours à suivre à l’église. La formation en théologie est prodiguée tous les samedis de 8 h à 16 h. Il faut payer 5.000 Fcfa (8€) de frais d’inscription puis 40.000 Fcfa (61€) par an pour la formation. Une semaine sur deux, le pasteur donne des exercices à ses étudiants. Chaque exercice se trouve dans un polycopié dont le prix varie de 1.500 Fcfa (2,30€) à 2.500 Fcfa (3,9€) l’exemplaire. Il faut acheter chaque exercice pour pouvoir progresser dans l’apprentissage.

L’on constate cependant que pendant que le pasteur roule dans l’un des véhicules les plus chers sur le marché camerounais, de couleur vert olive, beaucoup de ses ouailles vont à pied et donnent le peu d’argent qu’elles ont en offrande à l’église.

Qu’est ce qu’on peut faire Les dégâts que causent les églises évangéliques suscitent des interrogations quant à la suite à donner à de tels cas devant les juridictions pénales ou civiles de notre pays d’autant plus qu’elles doivent leur existence à l’État.

En février 2011, le ministère de l’administration territoriale avait publié une liste de 47 dénominations religieuses autorisées à fonctionner au Cameroun. Selon Pierre Florent Obama, juriste « La liberté des uns s’arrête là où commence celle des autres. Même si ces églises sont autorisées par la loi, à partir du moment où elles viennent empiéter dans le domaine privée, elles sont passibles de poursuites judiciaires.

En l’occurrence si une église donne des recommandations contraires au devoir d’une épouse il est tout à fait normal que le mari puisse saisir les autorités afin de mettre fin à ces errements. Parce qu’il peut arriver qu’une église intoxique même une femme, là on peut l’attaquer en diffamation. Par exemple, si on lui dit là bas que ton mari est sorcier et tout parce que parfois ils font du chantage surtout quand le mari est réticent. C’est en ce temps là qu’on estime qu’il est démoniaque, sataniste et qu’il faut se séparer de lui. Parfois, ils vont jusqu’à enlever les enfants. Il y a aussi des cas où il y a de l’escroquerie. La femme peut prendre tout son package de la fin du mois et elle va donner à son gourou à ce moment là vraiment le dommage est prouvé.

Parce que le problème ici c’est de prouver le dommage lié à son appartenance à cet église. C’est dans ce sens qu’ après 30 mois d’instruction, Jean Patrice Evina Evina, le pasteur, son épouse Nga Owona alias Sœur Firmine, et Soppi Yewah Julienne, prophétesse, ont été reconnus coupables de pratiques de sorcellerie et de diffamation en coaction, et condamnés à trois mois d’emprisonnement avec sursis pendant trois ans, et à 1 500 000 F Cfa de dommages et intérêts dans l’affaire d’Hélène citée plus haut.

© Journal Emergence n°124 : Cyr ONDOA

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Posted by on 3 août 2014. Filed under Eva Enseignements, Eva Témoignages, Sec Sociétés. You can follow any responses to this entry through the RSS 2.0. You can skip to the end and leave a response. Pinging is currently not allowed.