Alain Moloto : Le Devoir de mémoire

Que n’ai-je pas entendu? Que n’ai-je pas vu et lu, depuis l’annonce du décès du chantre et artiste Alain Moloto ? Un peu de tout sans doute. Entre l’étonnement généralisé, la consternation partagée, mais encore les témoignages bouleversants d’âmes, elles-mêmes bouleversées par le départ tragique d’un héros contemporain de l’adhérence chrétienne, il a aussi émergé, depuis l’annonce de son décès, des sons de cloche souvent dissonants.

Ceux qui, fort des rebondissements qui ont émaillés l’actualité sanitaire de l’artiste depuis l’année 2009, quand on le disait victime d’empoisonnement ;  ont vite vu dans la terrible nouvelle de la semaine dernière, l’aboutissement d’un épilogue programmé : l’assassinat de Moloto. Et puis il y a ceux, sans doute les plus minoritaires, qui ont tout de suite envisagé la piste de la sanction divine. Moloto aurait-il fait les frais de la furie du Seigneur ? Ceux qui savent sonder l’insondable, violer la souveraineté de Dieu, doivent impérativement, tôt ou tard, nous en apporter la démonstration.

En attendant, dans ce cafouillage inextricable d’émotions, de consternations, voire dans une moindre mesure, de soupçons, il nous a semblé urgent de rétablir ce qui ne sera jamais contesté à Alain Moloto ; restituer la part qui ne lui sera plus jamais ôtée ; écrire pour la mémoire, ce qui a fait de Moloto Alain, Alain Moloto qu’il est devenu et qu’il restera à jamais.

Alain Moloto

Les spéculations sur sa mort vont bon train

Alain, -il m’aurait certainement autorisé ce tutoiement, tant il était un être simple-, plus qu’un artiste,  c’était un grand Homme. Avec le groupe Gaël dont il avait la charge, il a parcouru le monde, comme très peu d’artistes de Gospel en Afrique. Au Cameroun, le succès de Gael  a cautionné et crédibilisé la musique chrétienne, en inaugurant dans l’univers musical national, un boulevard où les artistes locaux  tardent encore à s’engouffrer.  Il a sans doute écrit l’une des rares et plus belles pages de la musique chrétienne de ces vingt dernières années. Shilo, Adounai, sont, entre autres, de ces chansons dont on dit déjà qu’elles sont à inscrire au rang des classiques du Gospel et, pourquoi pas, simplement de la musique Africaine. Car à la vérité, les textes de Moloto avaient la vertu de dépasser le giron de l’Eglise, de posséder l’attention des plus réfractaires à la bonne parole qu’il savait si bien transmettre avec une subtilité, qui n’avait d’égale que la sobriété du personnage. Ceux qui l’ont fréquenté disent qu’il faisait corps avec ses chansons, il est apparu aux yeux de nombre de critiques de la musique chrétienne, comme un des adorateurs les plus doués de notre époque ; humilité remarquable, simplicité impressionnante, l’homme avait bel et bien le profil de l’emploi.  Il savait, Moloto, vous entrainer, sans jamais que vous vous en rendiez compte, dans la sainte présence de son Dieu. C’était un homme de Dieu.

Alain Moloto

Lors d’un concert avec le Groupe Gaël

Combien d’hommes et de femmes ont reçu l’Évangile en écoutant ses chansons ? Combien sommes-nous à avoir médité, hurlé de joie, pleuré, écouté la voix de l’Esprit, reçu la direction divine, en écoutant ses textes chatoyants? Cet homme, c’était un ouvrier de la Parole et de la parole. La Parole d’Élohim qu’il ne se lassait jamais de prêcher sur un podium, en chanson, comme derrière un pupitre, sans jamais perdre de sa verve et de son verbe. La parole d’Alain Moloto, c’était en soi un spectacle. Cet architecte du langage,  qui savait, par ses mots et sa voix, donner du sens à l’insensible, donner forme à l’invisible, faire retentir l’inaudible. C’était cela le style Moloto, sa marque de fabrique. Il était un poète de la Vie (Jésus-Christ) et de la spiritualité ; un artiste accompli (il y en a très peu), qui a compris avant bien d’autres, qu’en matière de création artistique, même si le fond est l’essentiel, la forme n’est pas moins fondamentale. Il ne se contentait pas de dire, il disait bien.

Alain Moloto

Adieu Serviteur de Dieu

Il ne parlait pas et n’écrivait pas seulement bien, il ne chantait pas seulement bien ; Alain Moloto, c’était aussi un homme de bien. Dans la jungle de la scène socio-politique de son Congo natal, il s’était ouvertement prononcé en faveur des plus démunis, contre les crimes rituels et la sorcellerie ambiante dans le pays, il avait pris parti pour la vérité et la justice et formulait le rêve intimiste de voir sa nation être dirigée un jour, par un Homme qui craint Dieu. Cela lui aurait valu quelques inimitiés au sein de la classe politique.  On dit même que c’est de là que viendrait son malheur ; mais qu’importe, c’était aussi là l’une des caractéristiques pleinement assumées du style Moloto. Une certaine idée de la foi, une compréhension bien à lui de la place et du rôle du chrétien au sein de la société, un courage inébranlable, trait commun à tous les héros de l’histoire de l’humanité. Voilà pourquoi nous ne devons pas l’oublier.

Il y a dans l’œuvre de Moloto, comme un héritage à transmettre à l’Église d’aujourd’hui et celle de demain ; une vision qui reste à partager au plus grand nombre. C’est tout le sens que nous voulons donner au Centre Panafricain Alain Moloto, pour la louange et l’adoration. Ce sera le lieu de la pérennisation de son œuvre, l’endroit de la continuation de son ouvrage,  et du partage de sa vision, à la gloire de Jésus-Christ. L’Église n’a que trop rangé aux oubliettes ses héros,  elle a oublié d’ériger des ponts entre les générations. Il faut bien que cela cesse !

Voilà le devoir de mémoire qui incombe à tous.

Luc Perry Wandji
Journaliste- Communicateur
Serviteur General LP Com
lpcomcameroun@yahoo.fr

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Posted by on 26 août 2013. Filed under Eva Nouvelles, Eva Témoignages. You can follow any responses to this entry through the RSS 2.0. You can skip to the end and leave a response. Pinging is currently not allowed.